Episode 4 – J’ai décidé de me faire cuire un oeuf

Bon, vous commencez à me connaître, vous savez que je suis pleine d’idées barrées de ressources. Et là, j’ai échafaudé un plan. Si vous avez suivi les épisodes précédents (si ce n’est pas le cas, bonjour, je m’appelle Marion, je suis une bombe atomique en manque d’inspiration, si tu es grand, brun, et as des mains qui font couiner (et je ne parle que des mains), tu es le bienvenu, grrr). Mince, je l’ai fait fuir. Il m’a crue, vous pensez ?

Oui, donc, vous, les fidèles de la première heure (je vous kiffe), vous vous souvenez que j’ai pour projet de transformer ma vie en rêve éveillé, et ce n’est pas une mince affaire.

En parlant de mince…j’ai trouvé une astuce pour contourner, et ma fâcheuse manie de procrastiner, et ma vilaine habitude de grignoter. Vous êtes prêts à être éclaboussés par mon génie ? Sortez les lunettes, ça va piquer les yeux :

Je prépare à manger !

OK…je vois que ça ne soulève pas un engouement dithyrambique de votre part…Pas grave, la plupart des génies de ce monde sont des incompris, c’est bien connu. Enfin, bon, vous me sapez un peu l’enthousiasme pour vous expliquer ma trouvaille, mais je vais le faire quand même. Ça contribuera à souligner ma détermination (punaise, je me sens seule là).

Tiens, ben on va commencer par la genèse de ma malbouffe, ça vous fera les pieds.

Mon ex m’a larguée, il y a à peu près un an (et deux semaines et cinq jours). Sans être un cordon bleu hors pair, loin de là, j’avais quand même la corvée le mérite de faire à manger pour deux. D’où mon impatience d’arriver au vendredi soir car d’une, c’était le week-end, et de deux, on se faisait livrer les pizzas. En d’autres termes, je n’avais pas besoin de cuisiner (et de trouver une idée de repas, et de me rendre compte qu’il manquait les ingrédients dans le frigo et de devoir répondre avec tact à la question quotidienne : « qu’est-ce qu’on mange ? » ). Vous comprenez maintenant pourquoi le vendredi, c’était THE day de ma semaine ? Quoi spaghetti ? Ah, pathétique ? Oui, si on veut. A vrai dire, j’étais bien, moi, dans mon pathétivisme. Ah,  ça ne se dit pas ce mot-là, alors, heu…dans ma pathétiquiétude ? Non plus ? Mais que fait l’Académie Française nom d’un ognon ! (aie mes yeux !). Enfin, bref, je n’avais pas l’impression que ma vie tournait en rond, ni que je passais à côté de mes rêves de gosse. Non, j’avais ma petite routine sympa, un boulot barbant, mais des collègues cools (avant qu’ils se prennent tous pour des aventuriers de Koh Lanta), un mec aussi plan-plan que moi qui se réjouissait, lui, de la sortie prochaine d’un Fifa ou d’un Call of Duty. Vraiment, je pensais qu’on était bien. Je n’ai pas vu le danger arriver, les kilos s’installer, l’habitude nous engluer, et encore moins la minette débarquer. Fallait s’en douter. La vache, vous avez remarqué ? Ça m’a rendue poète !

Enfin tout ça pour dire (j’ai pitié de vous, va, je synthétise), qu’à l’époque, dans une configuration de couple, mes dîners ne ressemblaient pas à « J’ai faim ! Ouvrons un placard et voyons ce qui peut se manger tranquilou devant le canap’, sans cuisson et sans vaisselle, y’a ma série qui commence ».

Or, ces derniers mois, pas mal de choses ont déserté ma vie : mon mec, sa console, un certain confort financier, les chaussettes sales sous le lit et l’impression que tout allait bien. Les seuls à ne pas m’avoir abandonnée dans cette épreuve, les seuls à avoir même appelé des copains à la rescousse pour me réchauffer le cœur, les cuisses, le ventre et les fesses, ce sont mes kilos.

Les kilos en trop, c’est un peu comme la famille : ils sont parfois envahissants, on aimerait les voir moins souvent, ils nous foutent régulièrement la honte, mais ils sont toujours là en cas de coups durs. Ah ça, je peux dire qu’ils ne m’ont pas lâchée, les bougres.

Donc, comme j’opère des changements dans ma vie et qu’il est temps de relever la tête et de se sortir les doigts du pot de Nutella, tout comme il est temps de commencer à être productive dans le domaine de ma vie qui va bientôt m’apporter joie, bonheur et réussite, j’ai eu l’idée de faire d’une pierre deux coups.

Tout d’abord, j’ai essayé le végétal, rapport à Petit Panda (pour les mémoires de poisson rouge, vous me copierez cent fois l’épisode 3), mais ça n’a pas vraiment marché, j’ai eu la dalle au bout d’une heure. Du coup, je me suis rencardée sur un genre de compromis nutritionnel. En gros (ah ah), je veux pouvoir manger jusqu’à plus faim sans forcément tomber dans le truc méga calorique. Et il paraît que les protéines, ça cale bien. Admettons. Oui, mais, si je me mets à cuisiner, me suis-je dit, ça va me faire moins de temps pour m’adonner à ma passion-qui-va-devenir-mon-gagne-bien (non, pas pain, j’arrête, ce n’est pas bon pour mon régime). Et c’est là que Jding’! une ampoule s’est allumée là-haut (je fais bien l’ampoule qui s’allume, hein ?). J’ai décidé que j’allierai le temps de cuisson de ma bouffe à la durée minimum que je m’imposerai devant mon écran ou ma planche à dessin pour bosser !

Et c’est comme ça que j’ai décidé de commencer par me faire cuire un œuf ! (enfin plusieurs, vu mon appétit d’ogresse). Et non, pas à la coque, rho, vous me prenez vraiment pour la dernière des feignasses ! J’ai mis la barre un peu plus haut. Des œufs durs !

Et pour rendre ça plus fun, je leur ai même dessiné des grimaces sur la coquille vu le bain d’eau bouillante qu’ils allaient se prendre pendant dix minutes. Quoi, vous ne faites jamais ça ? Mais vous êtes devenus adultes à quel âge ? Six ans ?

C’est ainsi que pendant le temps de cuisson, je me suis attelée à la tâche, concentrée, déterminée et sans envie de grignoter puisque mon cerveau avait bien compris qu’on mangerait dès que le minuteur retentirait.

Ça a marché du tonnerre !

Mine de crayon rien, j’ai avancé ! J’ai même trouvé que c’était trop court ! Donc objectif atteint ! Enfin, pour ce qui est de mon projet grandiose. Côté bouffe, faudra quand même que je pense à manger des œufs mayo et non de la mayo aux œufs…

Mais je suis sur la bonne voie ! Et puis vous devriez voir ce que j’ai commencé à dessiner, ça prend forme, je tiens un truc ! Non, je ne vous montre pas ! Il va falloir attendre un peu, de bonnes heures de cuisson encore. Mais ça vaut la peine, promis !

Bon, et vous, vous me promettez de dessiner un beau sourire à votre œuf la prochaine fois que vous lui ferez faire le grand plongeon ?

 

A suivre…

Bientôt : Episode 5 : J’ai décidé de parler aux gens

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