Episode 1 – J’ai décidé d’aimer Noël

Noël et moi, on est fâchés depuis longtemps. Dès qu’il débarque avec ses guirlandes dans les rayons, ses catalogues de jouets dans les boîtes aux lettres et ses étoiles lumineuses dans les centres-villes, ça me fout le cafard. Tous les ans, ça paraît la corvée pour tout le monde : qui sera là au réveillon ? Que va-t-on faire à manger ? Le vingt-quatre au soir ou le vingt-cinq midi ? Qu’est-ce qui vous ferait plaisir cette année ? Faudra prévoir de quoi coucher belle-maman !

Si ça ne tenait qu’à moi, je passerais la soirée emmitouflée sous ma couette à regarder les dix saisons de Friends en mode marathon canap’. Mais non, c’est une fête familiale, une tradition, on n’y coupe pas sinon, on a la tronche jusqu’à la galette des Rois, voire la Chandeleur, voire même Pâques.

Bref, à la base, je ne suis pas très enthousiaste dès que je vois les feuilles commencer à tomber, les jours raccourcir et les décos d’Halloween se faire remplacer par des sapins artificiels.

Mais cette année, je ne laisserai pas Noël me gâcher la fête. Non, parce que, quand je calcule, ce n’est pas normal qu’il me pourrisse soixante-et-un jours sur trois-cent-soixante-cinq, soit près de dix-sept pourcent de mon moral annuel. C’est pas rien !

Alors, de là à tomber dans l’euphorie digne d’une gosse de quatre ans, faut pas pousser, mais l’idée de tordre le cou au gros barbu et sa hotte remplie de cafard, ça me plaît assez. Parce que la vie est trop courte pour se miner à propos d’un truc qui arrivera qu’on le veuille ou non. Autant vivre l’expérience le plus positivement possible. Donc cette fois, je vais tourner les pages des catalogues en cochant ce que la petite fille que j’étais aurait adoré avoir, j’organiserai le concours de la déco scintillante la plus criarde et moche de mon voisinage et préparerai des bonshommes en pain d’épices pour en offrir au grand gagnant. Qui sait, au passage, je pourrais le convaincre que son père Noël zombie pendu là depuis l’année dernière est au bout de sa vie et mériterait d’être décroché avant la canicule de l’été prochain. Et puis, pour la fête de famille barbante, j’ai prévu un petit bingo spécial des phrases toutes faites qui débarquent pendant le repas à tous les coups : « Doucement avec les toasts au foie gras, y’a la dinde après », « juste un petit peu, les bulles, ça me donne mal à la tête », « oh fallait pas ! », « et le boulot, ça va ? », « non, mais où va la France, où va-t-on ? Droit dans le mur, je vous le dis ! ». Je vais vous animer la soirée moi, vous allez voir ! Et au pire, ils ne trouveront pas ça drôle et ne m’inviteront pas l’année prochaine. Oh ouais, je crois bien que je vais kiffer Noël cette année !

Et pourquoi j’en suis là ? Pourquoi j’envoie soudain valser les trucs relous qui me pourrissent l’existence ? Parce que j’ai décidé de prendre ma vie en main, d’être le maître à bord, de ne plus me laisser influencer par les événements extérieurs. Fini d’être ballottée entre ce que pourraient penser les autres et les situations subies. Je veux être la scénariste de mon film et en faire un blockbuster, pas un navet !

Non, parce que, mon mec qui me plaque, mon boulot qui lance un plan de sauvegarde de l’emploi et tous les collègues en panique qui se jettent dans les pires bassesses pour sauver leur place, y’a de quoi avoir envie de se petit suicider à l’overdose de Nutella. Mais non. Je tiens bon. Et pourquoi ? Parce que j’ai fait un rêve.

J’ai rêvé que je réalisais mon rêve.

La puissance du truc ! Vous n’imaginez pas. J’étais là, au vernissage de ma première expo en tant qu’illustratrice reconnue. On se bousculait pour me saluer et me féliciter pour mes œuvres, il y avait des petits fours, j’avais une coupe de champagne dans le nez à la main, un sourire de malade aux lèvres et une robe de tueuse ! Trop belle ! Une Ted Baker sur laquelle je bave depuis des mois, mais que je ne peux me permettre, ni financièrement ni corporellement, si vous voyez ce que je veux dire. Quelle sensation de me voir au sommet, là où j’ai toujours voulu être ! Et quand Shemar Moore, l’esprit criminel de ma petite culotte, a débarqué dans la salle et est venu directement vers moi pour m’enlacer et déposer un baiser dans mon cou, ça a été l’apogée. Bon, j’avoue, ça a aussi été le moment où j’ai compris que je rêvais. Non parce que les illustrations, je suis cap’ de les réaliser, mais faire succomber mon top 1 du classement « ne dormirait pas dans la baignoire », je ne suis pas Wonder Woman non plus (quoique).

Et bizarrement, au réveil, je n’ai pas eu le gros coup de blues comme je peux avoir quand je rêve que je gagne au loto (ça vous le fait aussi hein ? arf). Ça m’a plutôt fichu un coup de boost. Parce que ce rêve, c’était moi. C’était celle que je veux être. Moi dans la version de ma vie où tout me sourit. Du coup, constat. Du coup, prise de conscience. Du coup, claque en pleine tronche : Comment on fait pour que la vie nous sourie ?

Les émotions que j’ai ressenties dans ce rêve étaient tellement réelles, c’était si intense de se voir là, au top, fière, forte, avec tant de choses merveilleuses à réaliser encore. En ouvrant les yeux, je l’ai enviée cette moi. Je me suis prise à imaginer qu’elle pourrait être la moi du futur qui me faisait un clin d’œil depuis mon inconscient. Oui, mais alors, si c’était la moi du futur, ça voulait dire que c’était possible. Après tout, qu’est-ce qui m’empêchait de devenir elle ? Et là, mon cerveau (ce salopard) s’est fait un plaisir de me donner des raisons : ben si déjà tu commençais par te bouger le cul. Tu as fait quoi jusqu’ici pour franchir ne serait-ce qu’un quart du chemin pour atteindre ton but ?

En vrai, ça n’a jamais été mon but. C’est un rêve. On en a tous, pas vrai ? Moi, je me rêve illustratrice reconnue, avec un corps de déesse et un mec canon au bras. On a bien le droit d’avoir ses petits plans sur la comète qui ne verront jamais le jour, non ? Car, tout ça tient du fantasme. Soyons sérieux deux secondes, ce n’est pas demain la veille que Shemar va décider d’apprendre la langue de Molière en venant me coller la sienne dans la bouche. Et faudrait déjà que je perde ma petite bouée qui ne sert à rien puisque je sais nager. N’empêche, ça m’a travaillé cette histoire. Et mine de rien, j’ai commencé à y croire. J’ai dépoussiéré ma tablette graphique (un cadeau de Noël, ah ah) et l’ai branchée sur mon ordinateur. Sur le moment, je me suis sentie bête, mais j’ai eu envie de voir à quel point j’étais rouillée (ou pas), après toutes ces années. J’étais toute timide au départ, comme si j’avais la trouille d’être vue me reconnecter à une passion de gosse. Comme quand on a peur d’être surprise à jouer à la Barbie alors qu’on a passé l’âge.

Et puis, je me suis lancée. Maladroitement d’abord, puis avec plus de finesse dans le trait. A mesure que je redécouvrais les sensations exquises de création, les murs de doutes, de honte et de ridicule se sont effondrés les uns après les autres. J’étais dans ma bulle, avec moi-même, ma meilleure alliée, et ensemble, on a créé pendant des heures, esquissé des visages, des paysages, des scènes, des personnages en mouvement, des saisons, des regards, des intentions, des gestes. En posant mon stylet, j’étais épuisée, vidée, comme si tout ce que je contenais à l’intérieur depuis des années avait explosé là, sur mon écran, en un mélange de traits, de poésie, de sens et de couleurs. J’étais restée cinq heures assise à mon bureau sans m’en rendre compte. Le monde autour avait disparu, le temps s’était suspendu. Enfin, pas vraiment, le ménage n’était pas fait, le frigo était vide et le linge pas étendu. Mais bon sang, quel pied !

C’est là que j’ai compris. Peu importe que je donne un sens mystique ou non à ce rêve fou, mais force était de constater qu’il m’avait fichu un sacré coup de pied aux fesses et m’avait fait renouer avec ma passion, celle que j’avais laissée de côté, presque oubliée, remisée au rang de loisirs auquel je m’adonnerai de nouveau quand j’aurai du temps. Mais on n’a jamais le temps ! Si on ne le décide pas, on ne fait rien, jamais ! Le temps, je l’ai donné à mon canapé, à ma télé, à mon ex, à mon boulot, à mon grignotage intempestif. Résultat, je vis seule, je suis incollable sur la télé-réalité, j’ai pris sept kilos et j’ai la trouille de perdre un boulot qui ne me plait pas au lieu d’essayer d’en trouver un pour lequel je suis faite. Y’aurait pas un dénominateur commun à tout ça ? Ça fait mal, ça pique hein, mais, oui, et c’est : MOI.

Donc, j’ai admis que mon cerveau avait raison. Et à la question : Tu as fait quoi jusqu’ici pour franchir ne serait-ce qu’un quart du chemin pour atteindre ton but ? J’ai répondu honnêtement : rien.

Alors ça va bien de rêvasser, d’espérer que les choses me tombent tout cuit dans le bec. Ce n’est pas comme ça que je referai un trente-huit, pas comme ça que j’aurai un job intéressant, pas comme ça que je rencontrerai un type qui n’aura pas envie d’aller voir ailleurs devant mon manque de perspectives. Parce que ne pas voir plus loin que la réjouissance de la prochaine soirée pizza du vendredi, ça manque peut-être un brin de charme, il faut se l’avouer. A côté de ça, forcément, une nana qui sait se servir de baguettes et avaler un gros maki sans en mettre partout avec des yeux de chaudasse gourmands, ça donne plus envie… (elle s’appelle Vanessa, by the way).

Donc c’est là que je me suis dit : « Marion, ça suffit, tu vas kiffer ta vie dès maintenant et en faire un truc de dingue. Réaliser ce rêve de malade, c’est peut-être un Everest, mais essayer au moins de l’atteindre, même un petit peu, ce sera déjà ça dont tu pourras être fière. Tu connais bien la niaiserie de viser la lune pour atteindre au pire les étoiles ? Ben, tu vas faire swinguer une putain de constellation et atteindre Mars ou Venus, peu importe, mais tu vas m’enfiler ton costume d’astronaute et on va préparer la fusée, nom d’une comète ! (Et puis, on ne verra pas nos bourrelets dans la tenue de bonhomme Michelin, raison de plus !) ».

Et vous, vous avez fait quoi récemment pour réaliser vos rêves ?

A suivre…

Bientôt :  Episode 2 – J’ai décidé de prendre exemple sur Kimberley

  

 

2 réponses sur “Episode 1 – J’ai décidé d’aimer Noël”

  1. Le bonheur se décide peut-être, en tout cas il se transmet par écrit. Et celui de vous lire est toujours renouvelé. Avec ce sourire que l’on devine sur le visage de l’auteur et qui finit par nous arriver. Merci !!

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